Témoignage

Les créations sur Témoignage

Délires racistes et savants fous

Par Jean-Claude .

Durée : 5m 42s

De la tour Eiffel au Pérou

Par Pamela .

Durée : 1m 12s

Témoignage d’Alysson, participante

Par Alice .

Durée : 2m 48s

Les ambitions d’être soi

Par Benoît .

Cette très grande salle, au coeur de Paris, nous la transformons en arrivant, pour en faire un espace ouvert à la créativité, avec tous les postes proposés dans leur diversité : création musicale, studio de tournage, découpage de papier, podcast, écriture, intelligence artificielle, dessin...

Quand chacun.e entre, on se salue, on se rencontre, individuellement, on notes mutuellement nos noms, et puis chacun.e est dotée d’un « moodboard », qui l’accompagnera au long de la journée.

Les jeunes gens qui viennent ont pour une grande partie des ambitions, assez précises, des projets à réaliser, et notre atelier sera un moment pour l’expression de ces projets. Ce peut être devenir footballeur professionnel, faire respecter la justice, partager publiquement son parcours de vie pour enrichir les autres, partager les valeurs démocratiques...

Certain.e.s commencent par le dessin, d’autres par l’écriture, ou le découpage.

L’interview, le podcast, la prise de parole publique, sont au coeur de l’énergie de cette journée.

Le tournage du film est un moment collectif investi et longuement préparé. Par ailleurs, une équipe de création est formée, pour réaliser en autonomie plusieurs vidéos valorisant les compétences footbalistiques de Bakary.

En fin de journée, nous visionnons toutes les réalisations et choisissons ce qui restera en ligne sur ce site, dont le but est que chacun.e puisse y avoir accès, les télécharger, pour son propre usage.

La nostalgie de mon pays

Par Alysson .

Durée : 1m 7s

La journée à la Maison relais Cos de Bordeaux, racontée par Loussiné Villelegier

Par Lou .

Mercredi 12 juillet 2023, nous sommes chaleureusement accueillis par Franck Angibaud, responsable animation du relais Cos de Bordeaux, premier établissement qui accueille cette année les ateliers de création de Benoît Labourdette organisés par Cultures du coeur, dans le cadre de l’été culturel du Ministère de la culture.

La Maison relais COS est un établissement de logement adapté pour des personnes ayant certaines difficultés de vie, qui peuvent vivre seules, mais dans un cadre surveillé et adapté.

Le thème des ateliers de l’été 2023 est « La machine à voyager dans le futur », vaste sujet ! Celui-ci permet un point de départ, un angle de réflexion pour ces ateliers. Ils sont en eux même un cadre permis, un espace d’écoute et d’attention, qui permet à chacun d’être créateur de l’instant présent et du futur, proche ou lointain.


Il est 9h30 et l’ambiance est encore matinale à la Maison relais. La terrasse est déjà vivante, trois personnes sont attablées dans le jardin avec leur café. Cet endroit nous semble tout d’abord être un lieu de réunion, de vie qui rassemble et qui fait du bien.

Benoît Labourdette et Loussiné Villelegier mettent en place le dispositif de l’atelier. L’idée est simple : sur des tables disposées dans la salle principale, des espaces différents dédiés à des activités différentes (coin des geeks, espace lecture, studio d’enregistrement, studio de tournage, espace « moodboards » et atelier découpage), tout cela dans un même espace, pour un climat propice à la création collective.

À 10h30 le dispositif est en place et plusieurs personnes ont rejoint la table du jardin, certains regards semblent intrigués par ce qui se passe, tous semblent ravis du changement opéré dans leur lieu de vie.

Après une présentation par Benoît du but créatif de la journée, et un tour des possibles avec tout ce matériel, les participants se dirigent farouchement vers les pôles qui les appellent. Pendant une bonne heure l’ambiance est au travail, les différents espaces seront alors quasi tous investis.

Au studio de création musicale, des choses se produisent : Siham, 9 ans, prend possession du synthétiseur Novation Mininova, un instrument de musique professionnel, qu’elle ne lâchera pas de la journée. Le studio d’enregistrement est occupé par Barnabé, Philippe et Najwa qui, à l’aide d’un « moodboard » (petit tableau permettant un montage composé de photos, d’illustrations, de textes, schémas et autres productions graphiques) enregistrent un podcast pour imaginer la Maison relais dans de le futur : des skateboards volants, les habitants toujours réunis autour de la même table du jardin et buvant un café ! L’après-midi, après leur départ, il est convenu que leur bande son et leur moodboard serviront à créer un film, qui sera animé par Emmanuelle et Lou.

Sur la grande table l’atelier découpage bat son plein, les « moodboards » se remplissent d’univers différents qui feront usage de décors ou de personnages pour les films réalisés par la suite.

Tout au long de la journée des petits courts métrages sont créés, des morceaux de musique sont enregistrés. Les habitants, qui semblaient de prime à bord assez impressionnés par la tâche qui leur est confiée se libèrent petit à petit de leurs craintes et développent leur sens de la créativité.

En effet ces dispositifs, qui permettent la réalisation de petits courts métrages de façon rapide, efficace et ouverte à l’improvisation, est assez valorisant. La tâche est enfantine et permet de produire un rendu gratifiant de manière quasi instantané. Les participants sont fiers, heureux de se rendre compte de la qualité des oeuvres qu’ils ont produites, ce dont ils ne se sentaient pas capables au départ.

Vers 16h30, les créations sont terminées, un temps de restitution a lieu. C’est un moment important pour les participants, qui ont pu se rendre compte de la valeur de leurs créations. L’ambiance était à la rigolade et au plaisir de partager.

Vers 18h, Le dispositif est démonté et la salle remise presque comme au début. Un petit air de mélancolie règne... Cette journée fut intense et riche en émotions, les productions sont touchantes, brutes de vérité et de vulnérabilité, mais surtout profondément humaines.

Une journée au PASST

Par Alice .

Lorsque nous arrivons, nous réalisons d’emblée que l’espace n’est pas idéal pour le fonctionnement par îlots créatifs mais il va se révéler un vrai cocon de chaleur humaine où vont s’attarder plus d’une vingtaine de participant.es, le matin en nombre et l’après midi de manière plus espacée.

De nombreuses femmes s’installent autour de la petite table centrale, et l’aspect exigu de l’espace va créer de la proximité et de l’échange.

La plupart des participantes parlent encore peu le français, l’oralité est difficile mais beaucoup souhaitent quand même commenter leurs créations. Agnès, bénévole FLE, les encourage à prendre la parole : l’atelier est aussi une opportunité de pratiquer la langue et les films s’avèrent des supports précieux pour Agnès, qui envisage de les réinvestir lors de cours à venir.

Le thème du futur est assez peu exploité, les participantes expriment plutôt leur vécu, leur existence : signe que la nécessité de raconter son parcours, son quotidien l’emporte sur l’expression d’un projet souhaité ou d’un avenir collectif. Le besoin de se raconter et de s’affirmer dans son identité transgenre prend le dessus. Les films sont autant des exutoires que des objets politiques pour faire valoir l’existence et les droits des personnes trans au travers de parcours singuliers.

Les films s’enchaînent d’ailleurs le matin de manière fulgurante, les femmes sont comme guidées par l’urgence de dire, d’être considérées, dans une société où leur parole est rare.

Au cours de la journée, nous découvrons de nombreux talents individuels (en dessin, chant…) et ce n’est pas à proprement dit par la réalisation de films que cela passe. Hasard ou retombées de l’atelier régulier d’arts plastiques qu’anime Patricia dans la structure, plusieurs personnes se lancent dans des dessins particulièrement expressifs et réussis.

La configuration « multimédia » privilégiée dans les ateliers cette année offre une grande liberté dans les modes d’expression et il semble qu’au PASST le tableau blanc effaçable ait été choisi comme support principal pour faire naître des œuvres éphémères et émouvantes, immortalisées ensuite sous l’œil de la caméra ou de l’appareil photo de Benoît Labourdette.

La rencontre avec Camille, femme transgenre et créatrice de l’association en 1992, qui nous offre la lecture d’un très beau poème de Fernando Pessoa, et avec Inès sa directrice engagée dont nous avons pu enregistrer le témoignage, nous permet de mieux connaître la structure, son esprit, ses missions et le combat essentiel qui y est mené.

Nous terminons l’atelier avec l’impression que nous avons été un peu déviés du thème ou de l’itinéraire initialement envisagé, mais pour mieux nous retrouver dans l’univers sensible de ces femmes avec qui une vraie relation s’est installée le temps d’une journée.

Nous constatons qu’un atelier est d’autant plus réussi lorsqu’il est respectueux les attentes et des besoins des personnes et cette expérience nous a conforté une fois encore dans l’idée qu’au delà d’être un droit, la pratique culturelle est un formidable outil d’expression, d’extériorisation, d’affirmation de soi et de communication au monde.

Journée à l’association PASTT

Par Lou .

Lundi 17 juillet, il est 10h et nous arrivons devant les locaux de l’association PASTT dans le 10ème arrondissement de Paris.

En poussant la porte nous découvrons un univers, celui de la communauté transgenre. L’association fondée en 1992 par le docteur Camille Cabral réponds aux besoins spécifiques et aux difficultés particulièrement importantes que rencontrent la communauté transexuelle et transgenre.

Inès, directrice de l’association, nous explique le fonctionnement et l’origine de celle-ci ainsi que tous les champs ou elle oeuvre. Des maraudes sont faites plusieurs fois par semaine sur des lieux de prostitution, offrant des dépistages contre les maladies sexuellement transmissibles, une aide est proposée aux femmes transgenre incarcérées, ainsi qu’un soutien médical lors du processus de transformation. Une assistante sociale est aussi présente au sein des locaux une fois par semaine pour gérer l’administratif des membres.

Tout cela nous permet de poser un cadre à la journée qui nous attend.

Il est 10h30. Le dispositif à peine installé, plusieurs femmes rejoignent déjà l’atelier. Un élément vient immédiatement modifier le déroulement du reste de la journée : la grande majorité des participantes ont des origines d’Amérique du Sud et ne parlent donc pas français. Il a fallu s’adapter à cela et essayer de faire comprendre le but de cet atelier de création de manière alternative.

Il s’agit de la première fois que des créations naissent aussi rapidement, nous constatons que les femmes présentes ont une inspiration assez forte puisqu’elle se basent pour la plupart sur leurs expérience personnelles et leurs visions d’un futur un peu meilleur que la réalité complexe de leur présent. Les créations sont alors en espagnol ou en portugais et sont toutes sans exception puissantes dans leur signification et leur message.

Nous nous rendons compte au fil de la journée que certaines personnes ont grand un talent pour le dessin, et prennent du temps pour elles à créer quelque chose qui les inspire. Les photos des dessins seront affichés très rapidement sur ce site web, afin de valoriser leurs oeuvres.

La journée se déroule, après une pause déjeuner avec l’équipe de l’association ainsi que quelques membres, d’autres visages apparaissent au sein de l’atelier. Chacun.e offre quelque chose de créatif, une parole, un dessin, une musique…

Cette journée a été pour certaines femme un exutoire, un espace permis pour parler de leurs différentes réalités, leurs rapports à leurs familles souvent lointaines, leurs corps, leur émotions, le monde...

Parcours de vie

Par Alina .

Durée : 4m 44s

Une impression de la journée

Par Laurianne .

Durée : 37s

Se découvrir à soi-même, par Benoît Labourdette

Par Benoît .

« Ce n’est pas un contenu que j’ai à transmettre, je m’en garderais, chaque âme est dans une telle richesse. Mais il faut que cette richesse soit réveillée. La transmission, c’est cette attention portée à un autre qui fait qu’en lui surgit le meilleur de lui-même. »

Christiane Singer, écrivaine (1943-2007), citée dans le livre collectif « Transmettre » (Paris, J’ai Lu, 2019).

En préparant les ateliers de cet été, ma préoccupation était avant tout d’imaginer un dispositif qui ait pour vertu d’ouvrir des portes de l’expression pour chaque personne. Nous allions venir, nous « spécialistes de l’art », proposer une pratique créative à des personnes dont ce n’est pas la pratique quotidienne ; quelle prétention, et puis comment faire ?

Ma proposition peut être résumée en trois mots : outils, pratique, partage.

Les outils

Tout d’abord, nous transformons le lieu quotidien en un espace de production créative. Pour ce faire nous apportons beaucoup d’outils, accessibles : instruments de musique, micros, appareils photo, ordinateurs, paires de ciseaux, papier à découper, feutres, etc. Les zones dans lesquelles nous disposons les outils sont identifiées par ces signalétiques avec des pictogrammes, pour donner sens à leur usage :

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Ce ne sont pas simplement des feutres et du papier, c’est un « atelier dessin » ; ce n’est pas une caméra branchée à un ordinateur et un vidéoprojecteur, c’est un « studio de tournage », etc.

Un outil de travail et de médiation, que nous avons inventé pour l’occasion, est le moodboard, une planche personnelle sur laquelle on peut dessiner, et disposer toutes ses idées, ses inspirations, qui est un espace identifié et légitimé de la traduction concrète des idées et envie de la personne, qui l’accompagnera tout au long de la journée (merci à Loussiné pour cette idée du « moodboard » concret, à partir des planches que j’avais prévu d’apporter).

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Le patient travail de collecte préalable des outils et des idées de leur mise en oeuvre est déjà un travail d’attention à l’autre, et de rencontre avec des objets qui me semblent pouvoir être accueillants. Au fil de l’été, de nouveaux outils vont s’inviter dans les ateliers, grâce à ce que j’y apprends. Pour la prochaine fois, une tablette Ipad Pro avec un stylet sera des nôtres pour le dessin, et un instrument électronique qui vient d’être inventé aux États-Unis, l’Artiphon Orba 2, émerveillera nos oreilles.

La pratique

Chaque outil va « parler » plus ou moins à chaque personne. Ce que nous proposons, c’est une pratique immédiate, spontanée, autorisée. On se découvre dans la rencontre avec un objet.

  • Par exemple, Siham (9 ans), dès qu’elle a posé ses doigts sur le synthétiseur Novation MiniNova, nous a fait entendre des mélodies, des sons, qui immédiatement « sonnaient », de façon presque magique. Ce fut donc son outil privilégié pour la journée, et elle enregistré plusieurs morceaux, seule ou en collectif, et fait la musique de plusieurs des films.
  • Pour Daniel, à partir de son moodboard, le talent qu’il s’est découvert fut celui d’improvisateur vocal, d’inventeur d’histoire à partir d’éléments disparates, rejoignant ainsi les grandes traditions fondatrices des poètes surréalistes du début du XXème Siècle.
  • Pour Guillaume, qui ne souhaitait pas parler, la construction de son moodboard filmée par la caméra, lui a donné et nous a donné à tous la découverte que ce qu’il avait créé était un récit écologique puissant.
  • Et ainsi de suite, pour les un.e.s et les autres...

Commencer par la pratique, trouver, en le manipulant, l’objet avec lequel notre corps et notre esprit se mettent en résonance, c’est partir à l’aventure sur le chemin de ses propres capacités, dont nous ignorions nous même l’existence. Il ne s’agit pas de se « valoriser », mais de se découvrir à soi-même. Ce processus m’a été renvoyé, et explicité, par plusieurs des personnes participantes. Si on n’avait pas démarré par la pratique, les images de soi, de ses incapacités, auraient tout bloqué.

Le partage

Cette dynamique créative a lieu dans un espace commun, dans lequel chacun a son lieu personnel (et circulant, grâce au moodboard). Nous recevons, nous bénéficions, de tout ce que les uns et les autres découvrent et inventent. Ainsi, c’est une véritable émulation qui s’opère. Le partage avec les autres des diversités de créations est intrinsèque à ce dispositif. En fin de journée, nous organisons un moment de « restitution » commune, qui est très important, car il signe l’importance de ce qui a été traversé. Mais au fur et à mesure de la journée, des collaborations se mettent en place, par capillarité, si l’on peut dire.

Le partage est donc partie-prenante de la pratique créative, dans son présent. On n’est pas seul. On est pleinement soi, dans une communauté. Notre contribution sera d’autant plus riche qu’elle sera singulière. Par exemple, Barnabé n’a pu être présent que le matin : il a enregistré un podcast avec Philippe et Najwa, et ils ont constitué ensemble un moodboard, en nous confiant la mission, pour l’après-midi, de créer un film à partir des éléments du moodboard et de la bande son (qui contient aussi la musique de Siham et Franck). Emmanuelle et Lou ont fait le film, avec mon accompagnement. Ainsi le film « À la maison relai » existe grâce aux apports partagés et successifs d’au moins six personnes.

Je mets les productions en ligne au fur et à mesure sur la plateforme web que vous êtes en train de consulter (www.ateliersnumeriques-culturesducoeur.org/2023). Le QR code d’accès est donné à celles et ceux qui ont des téléphones, j’envoie aussi directement le lien par SMS à certains, et j’ai mis un raccourci vers cette plateforme sur l’ordinateur collectif de la Maison relais COS. On identifie que ce travail créatif est fait pour être partagé, avec d’autres personnes aussi, et ce d’emblée. J’organise la restitution de fin de journée en utilisant la plateforme web pour visionner et écouter les productions des uns et des autres : ce que je fais là, chacun.e pour le faire par soi-même ensuite.

Et ici, les photographies du processus de l’activité, faites par Loussiné et Franck, font partie des habitudes (Franck anime la fabrication d’un journal trimestriel). Je me rends compte que mettre en ligne ces plus de 200 photos, qui relatent très en détail certains moments, fait partie des productions artistiques de la journée. Donner à voir le processus de création, en faire récit par l’image, c’est en soi un travail de création, riche et qui permet de partager le cheminement (et non pas uniquement les résultats).

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