Les créations de Alice
Une journée au PASST
Par Alice .
Lorsque nous arrivons, nous réalisons d’emblée que l’espace n’est pas idéal pour le fonctionnement par îlots créatifs mais il va se révéler un vrai cocon de chaleur humaine où vont s’attarder plus d’une vingtaine de participant.es, le matin en nombre et l’après midi de manière plus espacée.
De nombreuses femmes s’installent autour de la petite table centrale, et l’aspect exigu de l’espace va créer de la proximité et de l’échange.
La plupart des participantes parlent encore peu le français, l’oralité est difficile mais beaucoup souhaitent quand même commenter leurs créations. Agnès, bénévole FLE, les encourage à prendre la parole : l’atelier est aussi une opportunité de pratiquer la langue et les films s’avèrent des supports précieux pour Agnès, qui envisage de les réinvestir lors de cours à venir.
Le thème du futur est assez peu exploité, les participantes expriment plutôt leur vécu, leur existence : signe que la nécessité de raconter son parcours, son quotidien l’emporte sur l’expression d’un projet souhaité ou d’un avenir collectif. Le besoin de se raconter et de s’affirmer dans son identité transgenre prend le dessus. Les films sont autant des exutoires que des objets politiques pour faire valoir l’existence et les droits des personnes trans au travers de parcours singuliers.
Les films s’enchaînent d’ailleurs le matin de manière fulgurante, les femmes sont comme guidées par l’urgence de dire, d’être considérées, dans une société où leur parole est rare.
Au cours de la journée, nous découvrons de nombreux talents individuels (en dessin, chant…) et ce n’est pas à proprement dit par la réalisation de films que cela passe. Hasard ou retombées de l’atelier régulier d’arts plastiques qu’anime Patricia dans la structure, plusieurs personnes se lancent dans des dessins particulièrement expressifs et réussis.
La configuration « multimédia » privilégiée dans les ateliers cette année offre une grande liberté dans les modes d’expression et il semble qu’au PASST le tableau blanc effaçable ait été choisi comme support principal pour faire naître des œuvres éphémères et émouvantes, immortalisées ensuite sous l’œil de la caméra ou de l’appareil photo de Benoît Labourdette.
La rencontre avec Camille, femme transgenre et créatrice de l’association en 1992, qui nous offre la lecture d’un très beau poème de Fernando Pessoa, et avec Inès sa directrice engagée dont nous avons pu enregistrer le témoignage, nous permet de mieux connaître la structure, son esprit, ses missions et le combat essentiel qui y est mené.
Nous terminons l’atelier avec l’impression que nous avons été un peu déviés du thème ou de l’itinéraire initialement envisagé, mais pour mieux nous retrouver dans l’univers sensible de ces femmes avec qui une vraie relation s’est installée le temps d’une journée.
Nous constatons qu’un atelier est d’autant plus réussi lorsqu’il est respectueux les attentes et des besoins des personnes et cette expérience nous a conforté une fois encore dans l’idée qu’au delà d’être un droit, la pratique culturelle est un formidable outil d’expression, d’extériorisation, d’affirmation de soi et de communication au monde.
