PSM Saint-Cyr-sur-Loire

Atelier du 5 septembre 2022.

 

"C’est beau, Aldo de voir votre main qui déplace les choses"

Atelier 7. Compte rendu de la cinquième séance du 5 septembre 2022

L’atelier s’est très vite mis en place au PSM La Confluence. Les animatrices Sophie et Nathalie ainsi que Gwendoline, art thérapeute se sont investies à 100% dans le projet. Elles nous expliquent : "C’est notre 4ème projet autour du cinéma, les personnes commencent à être habituées, elles vous attendaient avec impatience !". Les animatrices ont alimenté cette envie en préparant l’atelier en amont : une liste de participants est déjà établie et plusieurs séances de découpage ont été organisées préalablement.

Les participants, ainsi déjà parés, se succèdent à la table de réalisation à un rythme soutenu et selon un rituel bien huilé.

C’est au tour d’Elisabeth. Elle commence l’écriture de son titre de film, elle hésite, fait marche arrière puis se lance enfin, ses gestes s’affirment, elle ne tremble pas. J’aime le coloriage nous dit-elle, dévoilant une à une les pages de dessins imprimés qu’elle a colorié avec application. Elle conclut émerveillée sous les applaudissements des participants : "C’est beau !".

Sylvie et Madeleine, inséparables, ont décidé de faire un film ensemble qu’elles nomment "Quelqu’un qu’on aime". Contente du résultat, Madeleine sourit et caresse affectueusement la joue de Sylvie.

Françoise arrive avec une pochette d’images. Sophie, la référente n’en revient pas : "Je suis passée rapidement lui déposer des catalogues et des ciseaux, je ne pensais pas qu’elle ferait les découpages seule dans sa chambre, c’est incroyable, sa pochette est complétement remplie !". Apparemment c’est la comédie musicale Grease qui l’a inspirée…

Les films s’enchainent et ce qui touche c’est la volonté déterminée des personnes, souvent entravées dans leurs mots, de s’exprimer à travers des images et des visuels savamment choisis au détriment d’autres délibérément mises en côté, afin d’aboutir à un film qui leur ressemble. "Je préfère le bleu, le noir c’est triste," "La randonnée dans les bois, ça me parle" dit Patricia. Mireille a décidé que son visuel de fond serait arc-en-ciel et pas autrement. Patrick nous annonce la voix grave mais l’œil vif : mon film a pour thème la solitude.

Benoît Labourdette accompagne ces créations avec bienveillance, veillant à ce que le rendu soit au plus près des attentes des réalisateurs d’un jour, sans dévoyer ou orienter les gestes "On laisse comme ça, c’est votre perception de la nature.". Il trouve dans les conditions particulières de réalisation liées à la grande fragilité physique et mentale des personnes et notamment dans la lenteur des gestes, une manière inédite de concevoir et de faire voir : "Le choix instantané des images au moment de l’enregistrement permet une grande spontanéité", "les images restent plus longtemps, cela amène à investir la musique autrement." "C’est beau, Aldo de voir votre main qui déplace les choses".

Organiser l’atelier dans un espace ouvert au passage s’avère une bonne idée. Quelques résidents venus pour se faire coiffer dans la salle attenante observent, certains se laissent convaincre. C’est le cas de Yannick qui s’attable pour une courte séance de découpage et ne manquera pas de revenir nous voir plus tard nous demander notre avis sur sa nouvelle coiffure. L’atelier crée une ambiance particulière dans l’établissement, les aides soignants s’attardent quelques minutes, curieux de cette émulation d’un jour.

Le déjeuner à peine terminé, les participants sont déjà de retour pour la suite de l’atelier qui prend une dimension collective et se transforme en orchestre bigarré. Le groupe s’applique à trouver une ambiance sonore pour chaque film. Beaucoup de films ayant pour thème les animaux, l’orchestre prend une allure de bestiaire : un instrument est désigné pour représenter chaque animal, les sons émis se superposent avec des bruitages vocaux de cris d’animaux. Nathalie, Sophie et Gwendoline se prennent au jeu et redoublent de créativité pour aider les résidents à créer des sons qui correspondent à leur film. Le milieu marin est retranscrit à l’aide de bouteilles et de pichets dont on se sert pour verser de l’eau dans des verres. Pour illustrer leur film, on trouve l’idée d’enregistrer Madeleine et Sylvie parlant du voyage à Lourdes qu’elles préparent. Le film est long mais cela tombe bien Sylvie est intarissable sur le sujet. On décide ensuite de chanter. Trois chansons finissent par s’entremêler, c’est un peu la cacophonie mais l’orchestre retombe miraculeusement sur ces pieds, privilégiant l’atmosphère à la musicalité.

Au moment de se quitter, les référents sociaux ne manquent pas de nous demander de les informer des nouveaux projets culturels que nous pourrions leur proposer et nous décelons dans les visages qui brillent et les sourires dévoilés des participants que cette demande est partagée.